L’AÉROCLUB DE DEMAIN par Roger Pessidous, Président de l’ANPI
L’aéroclub de demain est un sujet à la mode : colloques, articles ou réunions diverses dans le milieu de l’aviation légère mettent ce sujet au menu.
Il est vrai que l’aéroclub dans sa structure associative, loi 1901, qui a fait les grandes heures de l’aviation populaire après la guerre, est confronté aujourd’hui à un certain nombre de problèmes qui commencent à faire douter de la pertinence et de la pérennité de la formule.
De tous les problèmes évoqués de ci, de là, et qui sont réels, qu’ils soient réglementaires, politiques, sociétal, techniques ou environnementaux, aucun ne suffit à expliquer le malaise perceptible dans le milieu des clubs qui a du mal à remettre en question ce qui a si longtemps bien fonctionné.
Au-delà de tous les problèmes habituellement cités, il semble que d’autres considérations commencent à prendre une importance que d’ailleurs beaucoup voudraient occulter :
- 80 % des aéronefs en service dans les aéroclubs sont de technologie des années 60-70, donc de moins en moins attrayants pour la génération du numérique et du tout écran, c’est-à-dire les jeunes, disons les moins de 30 ans.
- Ces jeunes savent bien aussi que l’aéroclub n’est plus aujourd’hui la première marche d’une carrière aéronautique, civile ou militaire, à l’heure où les simulateurs performants associés aux vols occupent une place essentielle dans la formation des pilotes professionnels.
- Autre élément souvent occulté : la sécurité des vols de l’aviation légère ne s’améliore toujours pas de façon significative, tout au moins en France, malgré des actions multiples qui sont toujours les mêmes depuis 30 ans, et sans résultat, avec pour effet une image peu favorable diffusée par les médias pour qui le moindre accident fait un gros titre.
- Plus important semble-t-il, l’activité aéronautique, même de loisir par beau temps, s’exerce aujourd’hui dans un cadre réglementaire très contraignant. L’usage de l’espace aérien, qui est commun à toutes les autres formes d’aviation, de plus en plus contrôlé et surveillé, nécessite des compétences et aussi un entraînement qui ne peuvent pas raisonnablement être maintenus par des pilotes amateurs volant en moyenne 15 à 20 h par an, même pour faire le tour de leur aérodrome.
- Si on y ajoute que cette activité devenue très technique s’exerce au sein de structures associatives sympathiques mais assez peu professionnelles, on comprend « l’incompréhension » des autres européens ou américains face à notre système qui veut réaliser l’impossible mariage de l’amateurisme associatif avec le nécessaire professionnalisme requis par le vol aujourd’hui, même en loisir.
- Enfin, et c’est sans doute un élément clef des difficultés du système actuel, la position des instructeurs « bénévoles », qui sont 85 % du total, est devenue pour le moins ambiguë au sein des clubs. Ces derniers ont de plus en plus tendance à voir en eux des prestataires de service toujours dévoués, motivés mais surtout gratuits et donc, selon les critères sociaux d’aujourd’hui, peu considérés. Pourtant les instructeurs assument plus de 40 % de l’activité aérienne des clubs et devraient être les moteurs principaux de l’amélioration de la sécurité, s’ils étaient un peu plus associés aux décisions dans les aéroclubs.
Il ne faudra donc pas s’étonner que les FI (A) les plus jeunes, s’orientent de plus en plus vers les organismes de formation non associatifs où les règles de fonctionnement sont claires, les rôles et responsabilités bien établis, même si les critères économiques et d’efficacité sont un souci permanent.
La révolution de l’aviation légère de loisir n’est pas encore arrivée mais une évolution significative vers plus de professionnalisme et de rigueur managériale pour plus d’efficacité et de sécurité est certainement en route.
Dans cette situation beaucoup des petits aéroclubs de notre jeunesse risquent de rester au bord du chemin. On peut, certes, le regretter mais cela ne servira pas la cause de l’aviation légère de vouloir pérenniser à tout prix ce qui d’évidence ne marche plus bien.
Paris, le 21 novembre 2011
Roger PESSIDOUS
Président de l’ANPI
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